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La reine de Mai.

    Le Printemps, et tout particulièrement  " le Mai ",  est bien sûr un temps d'élection pour saluer la vie dans son surgissement. Il est naturel que l'énergie féminine trouve là une place essentielle.    

J. C. Marol

Le joli mois de Mai est chanté dans les "reverdies", "pastourelles", "aubades" des XIIe et XIIIe siècles.

Il est le mois de glorification du féminin dans tout son spectre, du plus sacré au plus coquin. Mai est le mois, dans l'ancienne culture populaire médiévale, de l'hommage à la "Reine de Mai" sous les traits d'une petite fille, un avatar nous le comprendrons, de l'universelle Grande Déesse ; il est aussi le mois de libertinage féminin, où…"les filles vont changer d'amant"…

Le mois de Mai, sous son versant plus "catholique" (!), est aussi le temps des fêtes religieuses liées à la Résurrection : Sainte Croix le 3 Mai, l'Ascension et ses 3 jours de Rogation (de rogare en latin : prier), la Pentecôte.

En Mai, au Moyen Age, se chevauchent allègrement fêtes chrétiennes, saluant Jésus ressuscité et fêtes païennes (paysannes), à la tonalité délibérément féministe !

La Déesse, là, reprend tous ses droits !

L'arbre de Mai.

Le 1er Mai ou le premier dimanche de Mai, des "fous foliants" battent la campagne revêtus de lierre. Dans d'autres régions un jeune homme, "la bête", se glisse à l'intérieur d'une cage de branchage, le "feuillu" et fait progresser cet énorme buisson cubique guidé par ses compagnons. Une rengaine est reprise par les participants :

          "Beau mois de Mai quand reviendras-tu m'apporter des feuilles pour mon feuillu ? "

La "feuillée" sera bientôt une chambre d'amour !

Parfois dans d'autres localités se jouent dans la nuit du 30 Avril au 1er Mai, d'autres rites.

***   "L'Arbre de Mai" coupé la nuit dans la forêt et dressé sur la place du village au petit matin. Autour de lui s'enroulent les rondes villageoises.

***   "La pose des Mais" où les jeunes hommes accrochent leurs bouquets aux fenêtres des filles ou plantent un arbrisseau devant leurs portes pour leur dire leur amour.

Là encore des traces de ces usages remontent au XIIe siècle.

Dans cette fête de Mai, les femmes et les jeunes filles prennent aussi leurs initiatives ! "la Maye", jeune fille (et dans un 1er temps probablement une femme mariée) est élue Reine de Mai. Ainsi en Languedoc, des Reines couronnées de fleurs, trônent sur leurs sièges dressés en pleine rue :

     On fait pleuvoir sur elles des pétales de roses et des fleurs de genêt, tandis qu'elles restent immobiles.

Ce geste d'offrande à une petite-déesse trouve son écho dans d'autres cultures, notamment en Inde. Nous percevons bien là une dévotion instinctive fondamentale. Parfois la Reine marche suivie de ses compagnes, acceptant hommages & offrandes ; parfois la Reine assiste à la levée de l'Arbre de Mai.

Un étrange règne du féminin s'invente alors !

Sacré, gracieux, mais aussi subversif.

L'échine du Grand Dragon.

Au XIIe siècle, dans les fêtes même spécifiquement chrétiennes du mois de Mai, et leur processions, apparaissent des monstres… Ces monstres (souvent des "monstresses") sont l'expression de la Force redoutée de la Nature. On la craint, mais on la salue sous bien des noms : l'échine du Dragon est un autre aspect de la Grande Déesse, cette fois sous son jour terrible :

          Le "Dragon doré" de Douai, la "Tarasque" de Tarascon, la @"Lézarde" de Provins, la "Chair Salée" de Troyes, la "Grande Goule" de Poitiers…

Lors des processions printanières de Mai, il était d'usage dans les cités d'orchestrer un cortège, associant croix et dragon. Les 2 premiers jours le dragon ouvrait fièrement la marche ; le 3ème jour plus humblement il suivait la croix.

La Nature est l'échine du "Grand Dragon". La sagesse populaire ne nous demande pas de la nier. Seulement mieux vaut l'apprivoiser !

Cette poussée au féminin au XIIe siècle prend de multiples visages, dragonesque, érotique, gracieux. Il aura aussi un visage mystique. Dans le même temps, le très catholique, Bernard de Clairvaux induit une particulière vénération à "Notre Dame" :

         Il était convenable que les 2 sexes prennent part à notre Rédemption, comme ils avaient pris part à notre chute.

Il contribue à "légaliser" cette instinctive dévotion à la Vierge Marie, à la "Reine Déesse" païenne fêtée en Mai dans les villages.

Nous venons de le voir, l'hommage à la Grande Déesse fait partie de notre terreau culturel occidental. La figure si singulière de la sainte bengalie, Ma Anandamayi est née au matin du 1er Mai 1896. Elle a incarné pour les foules indiennes, la présence de la Grande Déesse. Etrange connivence, d'un monde à l'autre…

Saluons, sous tous ses visages la Reine de Mai !



27/04/2010
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