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Lorsque le Bio devient de moins en moins Bio ...

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De nombreux articles ont, ces dernières années, remis en cause les modes de cultures des produits bio (serres). Ainsi que les transports à forte empreinte écologique depuis l’autre bout du monde jusque dans nos cuisines. Sans parler de la qualité des semences elles-mêmes. L’enjeu est de taille aussi sur le plan économique puisque le secteur bio représente dans l’Hexagone un marché de 5 milliards d’euros en 2014. En hausse de 10 % sur un an.

 

Aujourd’hui, 88 % des Français en mangent désormais au moins une fois par mois. Mais que mangeons-nous vraiment ? 

 

Les semences et marques bio seront-elles bientôt toutes contrôlées

par les multinationales ? 

 

Dans son essai Les tambours de Gaïa se sont réveillés, paru en novembre 2013, Dominique Guillet, fondateur de l’association Kokopelli a lancé un pavé dans la mare. « En Europe et en Amérique du Nord, la plus grande partie des distributeurs d’aliments « biologiques » ont été rachetés par les grands cartels de l’agroalimentaire : Nestlé, Cargill, Coca-Cola, etc. Lima et Danival ont été rachetés par Hain Celestial, derrière lequel se cache l’argent de Monsanto, Walmart, Philipp Moris, City Group et Martin Lockeed.

 

En France encore, acheter les produits bios de Bonneterre, de Bjorg, d’Evernat, d’Allos, de Tartex, d’Alter Éco… c’est participer à la prospérité du Hollandais Royal Wessanen, l’un des grands groupes européens de l’agroalimentaire. En France encore, 95 % des légumes bios commercialisés sont produits à partir de semences de variétés hybrides F1 ; ce qui signifie que le consommateur bio, par exemple, a une “chance” sur deux d’acheter un melon bio “Monsanto/Bayer/Syngenta” puisque ces trois groupes de la chimie possèdent la moitié des 250 variétés de melons inscrites dans le catalogue national du GNIS ».

 

Pire, l’auteur indique que les consommateurs naïfs ne savent pas qu’une centaine de compagnies proposant des aliments bios sont en fait la propriété du Cartel de l’agroalimentaire ou du Cartel de l’agrochimie. Tous deux militent contre l’étiquetage obligatoire es OGM (source Therapeutes.com).  Oui, ça pique comme l’on-dit !

 

Des marques bio aux mains des plus grands  : Si ces faits se confirment, nous assisterons à une forme d’encerclement, dans lequel le citoyen n’aura plus beaucoup droit à la parole sur ce qu’il mange. Il s’agit d’un jeu de l’oie sans fin qui ne date pas d’hier… Coca-Cola prend des parts chez Innocent en 2009 pendant que d’autres géants s’offrent des « alter-entreprises ». Danone avale Stonyfield Farm en 2009, le spécialiste du yaourt bio américain. Monoprix rachète les magasins bio Naturalia la même année. Ils avalent les entreprises ou empruntent leur image durable à l’instar de la compagnie low-cost Transavia, filiale à 60 % du groupe Air France KLM, qui propose désormais une gamme de produits logotisés Fairtrade/Max Havelaar.

 

Sans parler de la Quinzaine du commerce équitable. Les multinationales de la grande distribution l »ont transformé en manifestation clé du calendrier de la consommation. Bien loin les mouvements militants qui dénonçaient naguère les méfaits du commerce mondial. Tous ces grands groupes sont, bien sûr, spécialistes de la virginité diététique. Mais l’opportunité marketing de produits vidés de tout contenu social et environnemental remplace difficilement la conviction. Avec parfois un double langage, proche de la schizophrénie. Comme  l’enseigne Naturalia, rachetée par le groupe Casino via sa filiale Monoprix. Celle-ci sponsorise le documentaire Food Inc totalement à charge contre les géants de la grande distribution. Mais Casino en est un représentant exemplaire.

 

Privatiser le vivant pour mieux régner : Dans la droite ligne des critiques de Richard Marietta, Président de Nature et Progrès, force est de constater que « l’hypermarché bio est devenu le laboratoire du commerce du futur ». Un labo dans lequel tout sera privatisé. Un simple exemple récent le montre : les grands semenciers européens ont décidé de privatiser la couleur des tomates ! Ils sont désormais en mesure d’acheter le droit d’utiliser, outre la couleur d’une tomate, la douceur d’un oignon ou la stérilité d’une aubergine. Comment est-ce possible ? Ces « traits natifs » qui existent à l’état naturel, mais qui ont été découverts, ou simplement identifiés par un sélectionneur, sont désormais brevetables. On croit rêver. Et bien entendu, l’accès aux traits brevetés est… payant. Tous les petits producteurs qui ne pourront pas payer seront hors-jeu.

 

Étape par étape, ce jeu des rachats entre multinationales et celui du lobbying a progressivement transformé les productions de nombreux petits acteurs du bio ou les semences, en un produit industriel comme un autre. Qui décidera demain qu’un produit est « bio » et selon quels critères ? Un état en faillite ou une transnationale au chiffre d’affaires colossal ? Le risque est que les données de la nature soient monopolisées, le bio préempté, les discours de santé publique asservis aux intérêts de groupes sans visage. Reste aux écocitoyens à faire entendre leurs voix.

 

SOURCE



03/07/2018
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