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Angoisse d’enfant * Dépression d'Adulte.

 

« Médecins, allez-vous nous dire

que c'est d'un bocal de pharmacie

que vous allez tirer le baume efficace

à de telles blessures ? »     

Maurice de Fleury

 

De la banale petite angoisse à la redoutable crise, de l'anxiété chronique à l'angoisse pathologique, l'angoisse n'est pas un état immuable.

Selon l'individu, selon son « histoire personnelle », elle évolue, prend différents visages, se dissimule, sommeille, se réveille au gré des évènements & des périodes de la vie.

 

Coliques du nourrisson, peur du noir, peur des monstres, c'est souvent dans notre enfance que l'angoisse pose ses premiers jalons. 48% des enfants de 6/8 ans et 37%  de ceux de 9/12 ans souffriraient de « peurs  & soucis nombreux ».

 

Ces enfants deviendront-ils tous des adolescents angoissés & des adultes anxieux ?

Notre angoisse d'adulte s'inscrit-elle toujours dans la suite logique de celle de nos toutes premières années ?

Aujourd'hui, bon nombre d'hommes & de femmes seraient la proie de véritables « Troubles Anxieux » ou angoisse pathologique.

 

Dans les cas graves, cette angoisse peut conduire à la dépression, à la toxicomanie, à l'alcoolisme et même au suicide. Même si, le plus souvent, les chemins suivis par l'angoisse ne sont pas aussi dramatiques, tous méritent d'être mieux connus, tant pour soi-même que pour ses proches. Lorsqu'ils mènent à une souffrance trop pénible, ces troubles doivent être repérés & traités.

 

Le passage de l'angoisse ponctuelle et courante à l'état anxieux douloureux est toujours marqué par une rupture nette d'avec l'état précédent. L'entourage ne peut manquer de s'interroger : « Qu'est-ce qui lui arrive ? » Mais une fois repéré, comment aborder le phénomène de l'angoisse ? Doit-on chercher à apaiser des doutes fondamentaux, répondre aux grandes questions existentielles par essence insolubles ? Ou bien doit-on tenter de cerner les facteurs déclenchants d'un état devenu pathologique ? Dans le 1er cas, l'individu ne peut compter que sur lui-même. Dans le second, il peut espérer de l'aide des médecins & des psychothérapeutes.

L'aide de la médecine ne doit pas exclure celle de la thérapie. Car si le médicament apporte une rémission ponctuelle, il ne traque pas le mal à sa source.

 

Toute angoisse a sa propre histoire. Comment est-elle née ? Comment a-t-elle grandi ? A-t-elle connu des périodes de latence ? Omettre ces questions fondamentales constituerait une grave lacune lourde de conséquences.

 

Il serait bien illusoire de prétendre détruire l'angoisse, l'extirper comme on retire un kyste. Mais on peut crever l'abcès. L'angoisse est un édifice complexe, constitué de strates s'imbriquant et se chevauchant, un édifice qui ne s'élève pas pierre après pierre selon un ordre prédéterminé : chaque nouvel élément invite à un remaniement rétrospectif de l'ensemble...

 

En remontant une à une les étapes de la construction, on retrouve la base de l'angoisse, ses origines profondes. Et c'est à ce prix qu'elle pourra s'éduquer et s'apaiser. Car même précoce, une angoisse n'est jamais définitive. C'est un être vivant qui fait son chemin au fond de nous, et nous devons le comprendre afin de la maîtriser.

 

L'angoisse fait le lit de ce qu'on appelle  les « maladies modernes ». Terme probablement mal choisi : gageons que nos ancêtres connaissaient eu aussi les brûlures des ulcères, les mâchoires des migraines ou les pinces des lumbagos !

 

Quant au stress, il n'est pas davantage un mal de notre époque. Il semble qu'aujourd'hui la vie soit plutôt créatrice d'anxiété. Pourtant, les aiguilleurs du ciel, une profession stressante s'il en est, sont les moins touchés par l'anxiété pathologique, alors que celle-ci atteint de nombreuses mères de famille au foyer. S'agit-il donc d'une « sélection » par la fonction ? ou bien existerait-il un « apprentissage » de l'angoisse ?

 

Pour les enfants dont l'avenir risque d'être sérieusement compromis par leur angoisse, il est donc capital de savoir la reconnaître et la diagnostiquer. Les angoisses de nos enfants ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur, « à leur juste risque » dirons-nous, par rapport à leur vie future d'adolescents & d'adultes.

 

Notre société se préoccupe bien davantage de la santé physique que de la santé psychique des enfants. Le dépistage bucco-dentaire par exemple est indispensable, mais il ne faudrait pas que carnet de santé et carnet de notes aveuglent au point de laisser l'enfant anxieux à sa solitude, reléguant ses crises d'angoisse au rang  de caprices, nervosité ou instabilité. Parents & éducateurs doivent apprendre à décoder les messages que lance l'enfant angoissé ou déprimé avec ses « outils » à lui.

 

   Pour simplifier les chemins de l'angoisse, cinq  ont été tracés de manière volontairement réductrice, le but étant d'aider à les repérer…

 

Le premier chemin débute très tôt dans la vie. Il semble avoir une origine mystérieuse. La clé de l'énigme pourra parfois être trouvée dans l'individu, à l'occasion de phases d'angoisse, donnera de lui-même des pistes.

Le thérapeute établira des liens entre les différentes angoisses, ce qui permettra de remonter à la source.

Malgré tout, celle-ci reste parfois introuvable. Dans ces cas où le mystère est au 1er plan, l'individu manifeste parfois son angoisse comme s'il était encore un enfant.

 

Le 2e chemin, également précoce, débute à un moment précis dont l'individu conserve un souvenir douloureux. Cet évènement (ou cette série d'évènements) lui reste en mémoire et représente la source de sa souffrance. Bien qu'il puisse parfois « oublier » puisqu'il vit des moments d'apaisement, elle peut resurgir   l'occasion d'une situation en apparence banale pour d'autres. La cicatrice se rouvre. Ce qui fait songer à une origine infantile de l'angoisse se repère en observant les circonstances de cette résurgence.

 

Le 3e chemin commence à l'adolescence, après une enfance apparemment sans problèmes, sans manifestations anxieuses inquiétantes ni traumatismes repérables. A cet âge aigu qui le confronte à des bouleversements corporels, psychologiques & sociaux et lui pose la question de son identité et de ses identifications, l'adolescent est en proie à l'angoisse. La question cruciale est de savoir différencier une gêne passagère de ce qui peut faire le lit d'un trouble grave pendant et après l'adolescence.

 

Le 4e chemin est celui qui mène de l'angoisse à la dépression.

Si l'angoisse est trop intense ou durable, elle peut se transformer en une véritable menace dépressive. Celle-ci doit toujours être prise au sérieux chez l'enfant & l'adulte, comme chez l'adolescent qui est tout particulièrement exposé. Ses signes avant-coureurs devraient être connus et donc repérables par tous les anxieux et ceux qui les soignent, afin d'éviter qu'elle se mue en dépression vraie.

 

Le 5e chemin se rencontre chez des adultes auparavant épargnés.

A l'occasion d'un évènement en apparence mineur, ils basculent dans une angoisse qui s'exprime par des crises de panique, des phobies, des malaises inquiétants ou encore un trouble anxieux généralisé. Très handicapé par leur angoisse, ces adultes ont d'autant plus honte de leur état qu'il est mal supporté et compris par leur entourage.

 

Bien sûr, ces différents chemins peuvent être beaucoup plus complexes. A chacun d'essayer de reconnaître le sien avec, si besoin est, l'aide d'un thérapeute. Rares sont les cas où les angoisses infantiles ne donnent pas des indices permettant de comprendre les difficultés qu'éprouve l'anxieux. Mystérieuses ou non, liées ou non à un évènement précis, plus ou moins déterminées par une angoisse familiale transgénérationnelle, elles  s'inscrivent et se manifestent de manière différente chez chacun.

 

Apprendre, comprendre, éduquer.

 

Nous sommes plus ou moins sensibles à l'angoisse. Nous devons apprendre à voir en nous-mêmes, et à porter une réelle attention à nos proches, qu'ils soient bébés, enfants ou adultes. Se comprendre soi-même, sans égocentrisme excessif, permet de se préoccuper d'autrui et de ne pas trop recourir aux « spécialistes » dont l'intervention est toujours possible mais doit constituer l'ultime recours.

 

Du fait de notre condition d'animaux pensants, l'angoisse nous suit pourtant avec constance. L'enfant regarde sous son lit pour vérifier qu'aucune bête féroce ne s'y cache et les espaces infinis dont parlait Pascal continuent de nous effrayer. Pourtant, l'angoisse peut être bénéfique. Si nous sommes maintenant capables d'explorer l'espace, c'est peut-être grâce à notre angoisse de la solitude. Derrière toute création, on retrouve la sublimation de notre angoisse fondamentale. Depuis que nous avons élaboré le langage, nous cherchons à apaiser nos tourments. De l'art aux sciences en passant par la philosophie et la littérature, nous sommes sans trêve poussés plus avant par cette nébuleuse multicolore, contraints à nous dépasser nous-mêmes.

 

Pour ce qui est de l'éducation, il n'existe pas de clé magique ni de recette miraculeuse. Mais confiance peut se transmettre au même titre que l'angoisse. Nous devons léguer à nos enfants le vouloir-vivre. Leur faire confiance et nous faire confiance à nous-mêmes, les écouter et nous écouter, voilà peut-être l'un des enseignements qui manquent à notre société déboussolée, inquiète et pourtant tatillonne.

 

La plupart des parents se sentent tenus de « faire au mieux » avec leurs enfants. Pourtant, leur désir d'une illusoire perfection d'actes et d'attitudes les trompe : ils obtiennent quelquefois des résultats inverses de ceux espérés. Car ces parents pleins de bonne volonté doutent d'eux-mêmes. L'angoisse parentale est immense devant l'enfant investi de trop d'espoirs et de trop d'exigences.

Cette angoisse revient vers l'enfant comme un boomerang.

 

En quête de notre identité par-delà les rôles figés que nous a dévolus la société, nous réglons inconsciemment nos contentieux réciproques sur la tête de nos enfants. Entre la démission et le surinvestissement, il y a pourtant place pour des voies médianes. A nous de savoir les emprunter.

 

Malgré nos difficultés et nos angoisses d'adultes, nous devons écouter ce que nous enseignent nos enfants. C'est au prix de cette confiance rassénérante qu'ils continueront à rire, et nous avec eux.

 

« On façonne les plantes par la culture

et les hommes par l'éducation »

Rousseau.

 

Si on omet de l'arroser et de l'entretenir, le vouloir-vivre s'éteint …

 

« A une petite chose, l'inquiétude donne une grande ombre. »  

Proverbe suédois.

 

Livre pertinent sur le sujet de Alain Braconnier

 * Les Bleus de l'âme *

 



23/02/2008
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