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La maladie a-t-elle un sens ?

Thierry Janssen, ancien chirurgien urologue, aujourd'hui médecin-psychothérapeute, affirme dans son dernier ouvrage, La maladie a-t-elle un sens, Enquête au-delà des croyances, l'importance de donner un sens physique, psychologique & social à la maladie.  Propos recueillis par Martine Lagagnier.

 

Pourquoi ce besoin de sens ?

 

« Avoir l'espoir ne signifie pas que nous pensons que les choses iront bien, a écrit Vaclav Havel. Cela signifie simplement que nous pensons que les choses auront un sens. Donner un sens aux expériences de notre vie permet de générer les émotions positives indispensables pour notre survie »

 

Or la médecine moderne ignore cette ignore cette dimension du sens. Aucun d'entre nous ne peut accepter d'être considéré uniquement comme un corps-objet. Nous sommes aussi des sujets : des êtres.

 

La maladie est un chaos, elle fait peur, elle projette dans l'inconnu, on perd le contrôle. Il est donc important de pouvoir créer un nouvel ordre, trouver un sens, une nouvelle direction.

J'essaie de reconnecter les patients à la vérité de leur corps et de faire appel à leur créativité. Ils retrouvent alors leur besoin de fluidité, de confiance, et de cohérence. Cette cohérence entre ce que l'on pense, ce que l'on dit et ce que l'on fait. Condition indispensable de la bonne santé.

 

  Que penser de cette tendance actuelle qui consiste à dire, voire à affirmer, que régler ses problèmes psychologiques permet de guérir ?

 

Le tout psy est une réponse au tout matériel. Les gens cherchent des donneurs de sens et les trouvent dans des médecines comme la Médecine nouvelle germanique et la Métamédecine aux Etats-Unis. Cette croyance génère de l'espoir. Elle ramène à une pensée magique proche de celle de l'enfant qui se croit tout puissant. Elle correspond à l'individualisme actuel et au besoin de performance.

 

Or, la maladie est toujours multi-factorielle, les facteurs psy ont leur place mais aussi l'environnement & les choix de nos sociétés.

 

On n'est pas coupable de tomber malade, on n'a pas choisi son hérédité, en revanche on peut agir sur certains facteurs qui participent au déséquilibre à l'origine de la maladie : notre alimentation, notre regard sur le monde, notre manière de gérer nos émotions.

 

Je suis convaincu aussi que cette croyance dans le tout psy cache la peur des traitements lourds comme la chimiothérapie, la chirurgie, etc.

 

Lorsque j'ai terminé mon livre, j'ai rencontré une patiente en fin de vie qui, 3 ans auparavant, espérant guérir par la psychothérapie, avait refusé d'être opérée d'un cancer du sein.

Entre-temps sa tumeur avait grossi, elle avait du être amputé du bras. « J'avais peur de cette opération du sein et finalement j'ai vaincu bien pire… »

 

On n'est pas réellement libre si on agit guidé par la peur.

 

  Etre malade, est-ce être victime de quelque chose ?

 

Surtout pas. Etre victime c'est vivre dans l'impuissance. Il est important de se battre même si l'issue est incertaine. Seulement les combats agressifs ne servent à rien. Il s'agit d'utiliser l'énergie de notre colère pour affirmer nos besoins. C'est là que réside notre rage de vivre.

Donner un sens à sa maladie peut alors s'inscrire dans quelque chose de plus grand que soi. Regardons les victimes de l'amiante. Elles ont redonné un sens à leur vie en exprimant leur colère, en transmettant un message fort à la société sur sa responsabilité de ne pas avoir interdit plus tôt ce produit en France à la différence d'autres pays.

 

On se bat alors non quelque chose mais pour autre chose.

 

  Préconiser le retour au bon sens, la responsabilité, la conscience de l'unité du corps & de l'esprit mais aussi l'inscription de la maladie dans sa dimension sociale… C'est-à-dire?

 

Si l'on veut enrichir notre civilisation, il faut prendre en compte les réponses des médecines traditionnelles à la maladie. Celles-ci font appel à la responsabilité de toute la collectivité dans le processus de guérison.

 

D'ailleurs l'OMS définit la santé comme « un état de bien-être à la fois physique, psychique & social »

 

La maladie a effectivement un sens collectif et celui-ci fait appel à notre responsabilité afin de prévenir les maladies plutôt que les guérir.

 

Or, la société c'est nous, rien ne changera si nous ne changeons pas individuellement.

 

Le rôle de la médecine dans cette transformation est capital.

A condition que les médecins acceptent, eux aussi, d'évoluer...



26/10/2009
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